Votre entreprise s’inscrit dans une longue histoire familiale. Comment tout a-t-il commencé ?
Lucille Bouchet : l’histoire familiale remonte très loin puisque nous représentons la 6e génération. À l’origine, nos ancêtres étaient forgerons maréchaux-ferrants, puis notre grand-père a développé une activité de ferronnerie d’art et de serrurerie. En 1996, Bouchet Construction Métallique a été créée afin d’élargir les compétences de l’entreprise à la charpente métallique, la couverture, le bardage, la serrurerie et l’étanchéité. L’objectif était de proposer une offre complète autour du métal dans le bâtiment.
Quand avez-vous rejoint l’entreprise familiale ?
Marjorie Bouchet : je suis arrivée en 2013, après une école d’ingénieur réalisée en alternance au sein de l’entreprise. Puis, je suis restée. Aujourd’hui, je suis responsable administrative & Qualité, Sécurité et Environnement.
L. B. : pour ma part, j’ai rejoint l’entreprise en 2024 comme chargée d’affaires. Avant cela, j’ai travaillé pendant 5 ans dans une société spécialisée dans la construction bois, à Annecy. C’était important pour moi d’acquérir une autre expérience et de découvrir une autre manière de travailler. Mais j’ai toujours eu en tête de rejoindre l’entreprise familiale.
Vous incarnez une nouvelle génération de dirigeantes dans un univers encore très masculin…
M. B. : oui, et cela demande parfois de faire sa place. Quand je suis arrivée, certains salariés me voyaient surtout comme « la fille du patron ». Il a fallu prouver mes compétences et montrer que j’étais légitime. Aujourd’hui, cela ne pose plus de problème.
L. B. : au contraire, le fait d’être deux, jeunes et complémentaires est une force. C’est une vraie chance de travailler en famille. Nous avons chacune notre rôle et cela fonctionne très bien.
Que représente aujourd’hui Bouchet Construction Métallique ?
M. B. : nous comptons entre 25 et 30 salariés et réalisons un chiffre d’affaires compris entre 4 et 5 M€ selon les années.
Quels types de chantiers réalisez-vous ?
L. B. : nous intervenons sur des projets très variés : bâtiments industriels, agricoles, tertiaires, commerciaux, maisons contemporaines, passerelles ou encore infrastructures de remontées mécaniques. Nous sommes particulièrement reconnus dans ce dernier domaine, notamment pour les gares de télésièges et les bâtiments techniques en station.
M. B. : le tertiaire représente environ 30 % de notre activité, le commercial près de 20 %, puis viennent l’agricole, la rénovation et les remontées mécaniques autour de 15 % chacun.
Vous intervenez essentiellement localement ?
M. B. : oui, principalement en Haute-Savoie, Savoie et dans l’Ain. Nous tenons à conserver une implantation régionale parce que nous travaillons avec nos propres équipes de pose. Nous voulons que nos salariés puissent rentrer chez eux le soir et préserver leur équilibre de vie.
C’est un choix de vouloir tout internaliser ?
L. B. : oui, et c’est même une vraie force de l’entreprise. Nous maîtrisons toute la chaîne de production, à l’exception de certains traitements de surface spécifiques comme la galvanisation ou le thermolaquage. Nous intégrons le bureau d’études, la fabrication et la pose. Nos équipes conçoivent les plans, programment les machines numériques, fabriquent les structures, puis assurent l’installation sur chantier.
Comment traversez-vous la conjoncture actuelle du bâtiment ?
M. B. : comme on peut… Entre la hausse du coût de l’énergie, le contexte géopolitique, les banques qui freinent davantage les financements ou encore le ralentissement de certains marchés publics dans les périodes électorales, le marché est très tendu.
L. B. : sur notre territoire, la modification du PLU a également réduit le nombre de terrains constructibles. C’est un vrai sujet pour nous.
Comment vous adaptez-vous à ces évolutions du marché ?
M. B. : nous cherchons de nouvelles opportunités, notamment dans la rénovation énergétique et la surélévation de bâtiments. Nous avons récemment investi dans une machine capable de produire des profilés métalliques fins destinés aux façades rapportées et à l’isolation par l’extérieur.
L. B. : nous avons aussi la chance d’avoir une clientèle fidèle et récurrente, notamment dans les secteurs agricole et industriel.
Quels sont, selon vous, les atouts de la construction métallique ?
M. B. : le métal permet de réaliser de très grandes portées avec des structures relativement légères et rigides. C’est particulièrement intéressant pour les bâtiments industriels ou les espaces nécessitant de grands volumes sans poteaux intermédiaires.
L. B. : pourtant, la filière reste encore moins mise en avant que le bois ou le béton. Il y a un vrai travail de pédagogie et de valorisation à mener autour de la construction métallique.
Qu’est-ce qui distingue votre entreprise ?
M. B. : nous avons un parc machines très diversifié et surtout une forte capacité à tout maîtriser en interne. Cela nous permet d’être flexibles et de trouver rapidement des solutions techniques adaptées.
Quels sont vos projets pour les années à venir ?
M. B. : notre priorité est déjà de pérenniser l’entreprise dans un contexte économique tendu. Nous voulons aussi mieux exploiter notre parc machines et identifier de nouveaux débouchés autour du métal, comme la décoration extérieure métallique. Nous voulons rester, avant tout, une entreprise familiale réactive et innovante.
Fiche d’identité
Activité : construction métallique
Création : 1996
Chiffre d’affaires : 5 M€
Web : http://bouchet-delta.eu



