Selon Santé publique France, la moitié des 17 millions de Français hypertendus ignorent leur condition. Face à des maladies cardio-neuro-vasculaires responsables de 140 000 décès et 1,2 million d’hospitalisations chaque année, le législateur a décidé d’élargir le filet du dépistage, en remontant jusqu’à l’enfance.
C’est désormais chose faite. Adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale le 20 juillet 2026, la loi portée par Yannick Neuder, cardiologue et député Les Républicains, modifie l’article L. 4161-1 du Code de la santé publique : les pharmaciens d’officine et les masseurs-kinésithérapeutes sont habilités à mesurer la pression artérielle, sans contrevenir aux dispositions relatives à l’exercice illégal de la médecine. La situation antérieure était pour le moins contradictoire : un pharmacien pouvait vendre un tensiomètre à un patient, l’encourager à s’en servir, mais ne pouvait légalement ni effectuer lui-même la mesure, ni en interpréter les résultats à des fins diagnostiques. La Commission des affaires sociales avait d’ailleurs pointé cette incohérence. Au-delà des officines, le texte instaure également un rendez-vous de dépistage pédiatrique dans l’année suivant le 6e anniversaire de l’enfant, confié à un médecin spécialement formé, avec attestation sur le carnet de santé. Objectif : détecter précocement des pathologies comme l’hypercholestérolémie familiale, souvent silencieuse à cet âge.
Si la compétence est acquise, la rémunération des pharmaciens reste à négocier. Pierre-Olivier Variot, président de l’Union de syndicats de pharmaciens d’officine (USPO), se veut confiant : « Nous avons notre idée de quelle devrait être la rémunération, dans le cadre de sa prise en charge par l’Assurance maladie. » Les discussions devaient s’ouvrir début juillet dans des groupes de travail ministériels, mais ni l’USPO ni la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France n’avaient reçu d’invitation à la mi-juillet. Le dossier devrait s’inscrire dans un avenant conventionnel attendu à l’automne, aux côtés d’autres chantiers comme l’intégration d’OSyS dans le droit commun ou les entretiens pharmaceutiques. Lors des expérimentations régionales menées par les URPS, les niveaux de rémunération observés variaient entre 5 et 15 € par acte. La loi prévoit, par ailleurs, que le gouvernement remette au Parlement, dans 3 ans, un rapport d’évaluation médico-économique complet, mesurant coûts, économies générées et impact sur la productivité : un test grandeur nature qui jaugera la pertinence de ce pari préventif.



