Comment l’histoire de Toutenvert a-t-elle commencé ?
Mathieu Faravellon : l’activité a été lancée en 1971 par mon père, Jean Faravellon. Paysagiste de formation, il a démarré avec une camionnette et une remorque, en réalisant seul de petits travaux d’aménagement. Dans les années 1980, l’entreprise a commencé à prendre de l’ampleur et a obtenu ses premières qualifications QualiPaysage. Le nom Toutenvert apparaît en 1986. La société a ensuite grandi avec l’arrivée de nouvelles compétences.
Quand avez-vous rejoint l’aventure ?
M. F. : j’ai rejoint Toutenvert comme salarié au début des années 2000, même si j’ai toujours baigné dans l’entreprise familiale. J’en ai ensuite pris la direction en 2007, il y a près de 20 ans.
Comment êtes-vous passé d’une entreprise de paysage à un groupe multi-métiers de l’aménagement ?
M. F. : le grand tournant s’est fait dans les années 1990. À l’époque, le paysage reste un peu le parent pauvre de l’aménagement et des travaux publics. Dans les marchés, les espaces verts sont souvent intégrés aux lots de voirie et réseaux divers (VRD). Nous intervenions donc fréquemment comme sous-traitants ou cotraitants d’entreprises plus importantes.
L’enjeu a alors été de gagner en autonomie, d’être davantage maîtres de notre destin. L’entreprise s’est développée dans le terrassement et les VRD, pour évoluer progressivement d’une logique de paysagiste vers celle d’aménageur. Cela ne s’est pas fait du jour au lendemain : il a fallu s’équiper, se former et acquérir de nouvelles compétences.
Sur quels métiers intervenez-vous aujourd’hui ?
M. F. : nous sommes aujourd’hui multi-métiers : terrassement, canalisation, aménagement, espaces verts, aires de jeux ou encore génie écologique. Nous pouvons intervenir sur un seul de ces métiers ou prendre en charge l’ensemble d’un projet. C’est aussi ce que recherchent de plus en plus nos clients : avoir un interlocuteur unique.
L’aménagement représente environ 80 % de notre activité, contre 20 % pour les travaux publics, même si ces métiers sont très imbriqués. Nous restons avant tout des paysagistes, tout en ayant développé des compétences en travaux publics. Cela nous permet aujourd’hui de répondre directement aux marchés, seuls ou en groupement.
Vous avez mentionné le génie écologique. En quoi consiste cette activité ?
M. F. : le génie écologique concerne tous les travaux autour de l’eau et de la biodiversité : renaturation de cours d’eau, création ou restauration de zones humides, traitement des espèces invasives, passages à faune ou encore mesures compensatoires.
Ce n’est pas nouveau, mais cette activité prend aujourd’hui davantage d’importance. La législation a évolué et, avec les aléas climatiques, les besoins se développent, notamment autour de la renaturation des rivières et de la gestion de l’eau. C’est un métier qui prend de plus en plus de place dans l’entreprise.
Vous avez aussi fait de l’économie circulaire un axe de développement. Comment cela se traduit-il ?
M. F. : nous avons créé en 2021 Ter’cyval, une filiale dédiée à la revalorisation des matériaux. Aujourd’hui, nous revalorisons entre 95 % et 98 % des déblais issus de nos chantiers. Nos déchets sont devenus nos ressources. Nous travaillons aussi sur la création de terres et de substrats fertiles. La terre végétale se raréfie alors que les besoins de végétalisation augmentent. Nous cherchons à revaloriser les déblais terreux de nos chantiers pour répondre aux besoins du végétal.
Cette démarche s’inscrit dans notre engagement RSE et notre labellisation AFNOR qui s’appuie sur la norme ISO 26000. Ces évolutions ont marqué un vrai tournant dans les choix stratégiques de l’entreprise.
Comment se porte le marché aujourd’hui ?
M. F. : depuis le début de l’année, nous constatons un vrai ralentissement, avec moins de volume et davantage de tension sur les prix. Nous sommes très dépendants de la commande publique : les collectivités représentent 60 % à 70 % de notre clientèle, les bailleurs sociaux autour de 20 %, et le reste provient des industriels et du privé. Or, les collectivités ont aujourd’hui moins de moyens et l’investissement est souvent le premier poste touché.
Dans le même temps, il y a toujours une vraie attente autour de l’espace public. Il faut donc réussir à faire mieux avec moins, en optimisant nos rendements et notre matériel, tout en préservant notre rentabilité et notre capacité à investir et à former.
Comment comptez-vous continuer à faire grandir Toutenvert ?
M. F. : jusqu’à présent, notre croissance a été uniquement organique. Aujourd’hui, je trouve que nous sommes bien implantés sur nos territoires, en Isère, dans la Drôme, en Savoie et en Haute-Savoie. La prochaine étape pourrait donc passer par de la croissance externe.
Nous n’avons encore jamais réalisé d’acquisition, mais je reste en veille. Il faut le bon projet, au bon moment et avec la bonne personne. L’idée serait avant tout d’amener nos métiers et nos compétences sur un nouveau territoire.
Quelle entreprise voulez-vous construire demain ?
M. F. : je resterai toute ma vie un paysagiste. Cette sensibilité fait partie de l’identité de l’entreprise. Notre métier, c’est aussi créer du vivre ensemble et apporter des solutions pour l’espace public. Le climat change, mais les gens restent : à nous de penser les aménagements de demain, notamment autour de la gestion de l’eau et des espaces.
Fiche d’activité
Activité : aménagements extérieurs
Création : 1971
Effectif : 130 collaborateurs
Web : www.toutenvert.com



