En 2023, l’Italie était présentée comme « l’homme malade de l’Europe ». Avec un ratio Dette/PIB de 134,8 %, une démographie défavorable, une forte dépendance à l’énergie russe et des taux d’intérêt à 10 ans autour de 5 %, le destin à la « grecque » de notre voisin transalpin semblait scellé.
Or, 3 ans plus tard, si l’Italie n’est pas encore tirée d’affaires, elle est parvenue à stabiliser son taux d’endettement (+2,3 points en 3 ans) alors que la France a vu, sur cette même période, le sien passer de 110,6 % à 115,7 % (+5,1 points), sachant qu’il pourrait dépasser 119 % fin 2026. L’Espagne, de son côté, affichait un ratio Dette/PIB de 100,8 % fin 2025, soit 6,6 points de moins qu’en 2023 (107,4 %). Le passage sous la barre symbolique des 100 % est attendu pour 2026, confirmant la dynamique à l’œuvre chez notre voisin espagnol.
Croissance et réformes structurelles
Depuis 2023, l’économie espagnole surperforme à l’échelle européenne. Après une hausse de 3,4 % de son PIB en 2024 et de 2,8 % en 2025, une croissance de 2,4 % est espérée en 2026. Cette réussite repose sur une consommation des ménages très solide et un secteur touristique qui tourne à plein régime. Une embellie économique qui a permis d’accroître massivement les recettes fiscales et ainsi de réduire le déficit. La reconduction automatique pendant 3 ans du budget 2023 (et donc l’impossibilité d’adopter de nouvelles dépenses), faute de majorité, a également joué un rôle positif dans la maîtrise de la dette publique. Le déficit est ainsi passé de 3,3 % en 2023 à 2,4 % en 2025. Une estimation l’anticipe autour de 2,2 % en 2026.
En Italie, le redressement ne s’explique pas par une croissance économique robuste. Comme en France, l’évolution du PIB peine à atteindre 1 % ces dernières années et ne devrait pas dépasser 0,5 % en 2026. Une croissance molle qui n’a pas empêché le gouvernement italien de faire passer son déficit de 7,1 % en 2023 à 3,1 % en 2025 (2,8 % attendu en 2026). La clé de ce succès tient, notamment, dans l’arrêt brutal des aides très coûteuses accompagnant la rénovation énergétique des bâtiments et dans des mesures fiscales ciblées (taxation des banques, durcissement de la « flat tax »…).
Les aides européennes
Mais les efforts budgétaires et la dynamique économique n’expliquent pas, à eux seuls, le redressement de ces deux pays, notamment celui de l’Italie. Premier bénéficiaire du plan de relance européen « Next Generation EU », lancé après le Covid-19, l’Italie a bénéficié, depuis 2021, d’une enveloppe de 191 Md€ venant de Bruxelles, dont un tiers sous la forme de subventions. Un coup de pouce qui lui a permis de doper l’investissement dans les travaux d’infrastructure, l’industrie et le transport (+34 % par rapport à 2019), mais aussi de moins subir de pression sur ses finances publiques et de la part de ses prêteurs.
Globalement, selon le FMI, l’impact de ce programme européen aurait généré un surcroît de croissance équivalent, en 2025, à 0,8 point de PIB pour l’Italie. En Espagne, deuxième pays européen le mieux doté, les 161 Md€ (dont 80 Md€ de subventions) se seraient traduits par un « plus » de 0,5 point sur son PIB l’an dernier.
Les versements européens étant désormais achevés, reste à savoir si les réformes qu’ont menées ces deux pays pour bénéficier du plan « Next Generation EU », leur permettront de maintenir durablement cette dynamique de stabilisation, voire de réduction de leur dette publique.



