L’Arctique exploré pour contourner le Moyen-Orient

La Corée du Sud, dans le sillage de la Chine, teste une nouvelle « Route de la Soie arctique » pour réduire le temps de trajet vers l’Europe.

Une semaine après le départ d’un navire chinois, la Corée du Sud vient d’envoyer pour la première fois un porte-conteneurs, le Panstar Acro (de la compagnie PanStar Line Dot Com), vers l’Europe via la route maritime de l’Arctique. Parti du port de Busan, ce navire doit relier Felixstowe (Royaume-Uni), Rotterdam (Pays-Bas) et Gdansk (Pologne) lors d’un voyage estimé à 45 jours aller-retour. Cette initiative intervient alors que le trafic maritime mondial est lourdement perturbé au Moyen-Orient (blocage du détroit d’Ormuz, attaques des Houthis en mer Rouge), obligeant la plupart des navires à faire un long et coûteux détour par le cap de Bonne-Espérance en Afrique.

L’objectif pour Séoul est de vérifier la viabilité commerciale de cette nouvelle route, rendue de plus en plus navigable par le réchauffement climatique. Les économies sont potentiellement massives, le trajet étant raccourci de 30 à 40 % par rapport au canal de Suez, et de près de 50 % par rapport au cap de Bonne-Espérance.

Mais selon Coface, cette route est surtout avantageuse pour le transport de matières premières (pétrole, gaz naturel liquéfié). Le potentiel de cette route reste limité (environ 3,5 % des échanges Asie-Europe-Amérique du Nord, selon Coface). Les contraintes sont en effet nombreuses. La route est praticable uniquement d’août à octobre. La navigation nécessite, par ailleurs, des bateaux classés « polaires », plus petits donc avec une capacité largement inférieure à celle des porte-conteneurs qui transitent par les grandes routes mondiales (10 fois moins pour le Panstar Acro, par exemple).

L’ouverture de ce corridor a également suscité plusieurs critiques. L’emprunt de cette route, qui longe la Russie, nécessite d’utiliser et donc de payer des services de navigation et de météorologie russes, ce qui pourrait constituer une violation des sanctions occidentales imposées à Moscou depuis le début de la guerre en Ukraine. Les défenseurs de l’environnement alertent également sur le fait que l’augmentation du trafic va accélérer la fonte d’une banquise déjà en péril. Face à ce risque, plusieurs géants occidentaux du transport maritime (comme le français CMA-CGM, le suisse MSC et l’allemand Hapag-Lloyd) ont d’ailleurs pris l’engagement ferme de boycotter ces routes arctiques.

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