Dépistage cardiovasculaire : la loi Neuder change la donne

Promulguée au Journal officiel du 28 juillet 2026, la loi Neuder inscrit dans le Code de la santé publique le rôle des pharmaciens dans le dépistage de l’hypertension artérielle. Une reconnaissance attendue, mais dont la traduction financière reste à construire.

Selon Santé publique France, la moitié des 17 millions de Français hypertendus ignorent leur condition. Face à des maladies cardio-neuro-vasculaires responsables de 140 000 décès et 1,2 million d’hospitalisations chaque année, le législateur a décidé d’élargir le filet du dépistage, en remontant jusqu’à l’enfance.

C’est désormais chose faite. Adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale le 20 juillet 2026, la loi portée par Yannick Neuder, cardiologue et député Les Républicains, modifie l’article L. 4161-1 du Code de la santé publique : les pharmaciens d’officine et les masseurs-kinésithérapeutes sont habilités à mesurer la pression artérielle, sans contrevenir aux dispositions relatives à l’exercice illégal de la médecine. La situation antérieure était pour le moins contradictoire : un pharmacien pouvait vendre un tensiomètre à un patient, l’encourager à s’en servir, mais ne pouvait légalement ni effectuer lui-même la mesure, ni en interpréter les résultats à des fins diagnostiques. La Commission des affaires sociales avait d’ailleurs pointé cette incohérence. Au-delà des officines, le texte instaure également un rendez-vous de dépistage pédiatrique dans l’année suivant le 6e anniversaire de l’enfant, confié à un médecin spécialement formé, avec attestation sur le carnet de santé. Objectif : détecter précocement des pathologies comme l’hypercholestérolémie familiale, souvent silencieuse à cet âge.

Si la compétence est acquise, la rémunération des pharmaciens reste à négocier. Pierre-Olivier Variot, président de l’Union de syndicats de pharmaciens d’officine (USPO), se veut confiant : « Nous avons notre idée de quelle devrait être la rémunération, dans le cadre de sa prise en charge par l’Assurance maladie. » Les discussions devaient s’ouvrir début juillet dans des groupes de travail ministériels, mais ni l’USPO ni la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France n’avaient reçu d’invitation à la mi-juillet. Le dossier devrait s’inscrire dans un avenant conventionnel attendu à l’automne, aux côtés d’autres chantiers comme l’intégration d’OSyS dans le droit commun ou les entretiens pharmaceutiques. Lors des expérimentations régionales menées par les URPS, les niveaux de rémunération observés variaient entre 5 et 15 € par acte. La loi prévoit, par ailleurs, que le gouvernement remette au Parlement, dans 3 ans, un rapport d’évaluation médico-économique complet, mesurant coûts, économies générées et impact sur la productivité : un test grandeur nature qui jaugera la pertinence de ce pari préventif.

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