Médicaments essentiels : la pénurie s’installe

L’ANSM publie son bilan annuel : les tensions d’approvisionnement sur les médicaments essentiels se maintiennent à un niveau élevé. Les outils de gestion progressent, mais la fragilité structurelle du système persiste.

Un an de plus et un bilan quasi identique : les pénuries de médicaments essentiels restent une réalité tenace. En 2025, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a enregistré 3 887 signalements de ruptures ou risques de rupture sur les médicaments d’intérêt thérapeutique majeur (MITM), contre 3 825 en 2024. Les causes demeurent structurelles : capacités de production industrielle insuffisantes et demande en hausse pour certaines spécialités. Ce niveau, nettement inférieur aux plus de 4 900 cas recensés en 2023, ne doit pas masquer la réalité d’un approvisionnement toujours sous pression.

Face à une situation qui s’inscrit dans la durée, l’ANSM a mobilisé des mesures correctives dans près d’une alerte sur 2. La distribution contingentée reste le principal levier : elle permet d’orienter les stocks disponibles vers les officines pour garantir un accès minimal sur l’ensemble du territoire. L’Agence dispose également d’autres leviers, comme l’autorisation d’importations étrangères, le recours aux préparations magistrales, la dispensation à l’unité ou encore la restriction de la prescription aux seuls patients prioritaires. En parallèle, plus de 160 nouvelles situations ont été rendues publiques sur le site de l’ANSM pour informer les professionnels de santé. « En 2025, nous avons consolidé nos outils réglementaires et informatiques pour mieux anticiper et gérer les pénuries de produits de santé », souligne Carole Le Saulnier, directrice de la réglementation et de la déontologie de l’ANSM. Sur le front répressif, 6 sanctions financières ont été prononcées contre des laboratoires pour manquement dans la gestion des défauts d’approvisionnement, pour un montant cumulé de plus de 750 000 € versé au Trésor public. Plus largement, l’ANSM a traité 326 alertes portant sur des dispositifs médicaux, un périmètre élargi depuis janvier 2025.

Reconduit pour la troisième année consécutive, le plan hivernal 2025-2026 offre une note plus positive. 14 molécules ont été placées sous surveillance rapprochée, dont l’amoxicilline, le paracétamol, la prednisolone et plusieurs traitements contre l’asthme. Contrairement aux deux hivers précédents, aucune tension majeure n’a été constatée, les stocks s’étant révélés suffisants chez les laboratoires, les grossistes-répartiteurs et les pharmacies d’officines. Le dispositif s’est également étendu aux équipements de réanimation ainsi qu’aux tests rapides de diagnostic.

Dans ce contexte, les industriels ont déposé 923 intentions d’arrêt de commercialisation en 2025, contre 1 038 en 2024 et 999 en 2023 : un volume en léger recul, mais qui continue d’alimenter le débat sur la souveraineté industrielle pharmaceutique de la France.

© 2026 Adheo • tous droits réservés