Les émissions importées pèsent sur le bilan carbone

Les émissions de gaz à effet de serre importées représentent plus de la moitié de l’empreinte carbone française. Elles reculent moins vite que les émissions nationales.

Alors que la France multiplie les efforts pour réduire les émissions de gaz à effet de serre sur son sol, les émissions générées à l’étranger pour satisfaire la demande nationale pèsent de plus en plus lourd. Le projet de Stratégie nationale bas carbone (SNBC 3), feuille de route de la France pour lutter contre le réchauffement climatique, tente d’y remédier en fixant, pour la première fois, un objectif global incluant le poids de nos échanges extérieurs. Une étude de Rexecode est venue dresser un premier bilan de la situation.

Une transition énergétique à deux vitesses

Depuis 1990, l’empreinte carbone réelle de la France (qui inclut les importations) recule beaucoup moins vite que ses émissions territoriales. Un décrochage qui révèle une contradiction majeure : une grande partie des efforts réalisés sur le territoire est annulée par la hausse des émissions liées à nos achats à l’étranger. Le constat des experts de Rexecode est sans appel : « En soutenant la demande sans toujours l’assortir d’un développement de l’offre, nos politiques de transition financent l’industrie chinoise plutôt que l’industrie française, et annulent ainsi une partie de nos gains climatiques territoriaux. »

Car, sans surprise, la Chine concentre à elle seule 13 % de nos émissions importées, fournissant l’essentiel des technologies vertes (batteries, panneaux photovoltaïques). Sans un changement de cap radical, les émissions importées pourraient atteindre 242 MtCO2 en 2050, soit le double du plafond fixé par la SNBC 3, compromettant définitivement nos objectifs climatiques.

La réindustrialisation, meilleur levier climatique

Si la France ne peut pas contrôler les émissions carbones de ses importations, elle n’a d’autre choix que d’accélérer la relocalisation de son industrie. Pour les experts de Rexecode, « c’est une urgence écologique, car la production nationale de produits manufacturés émet en moyenne 56 % de moins par euro que nos importations » en raison du mix électrique décarboné dont bénéficie la France.

L’étude identifie des cibles précises où la relocalisation offrirait le gain climatique mondial le plus fort. En tête : les équipements électriques et le textile importés de Chine, ainsi que la chimie provenant de l’UE (hors Allemagne).

Plus largement, pour inverser durablement la tendance, 3 leviers d’actions prioritaires ont été identifiés. Il faut d’abord se doter d’un tableau de bord de suivi précis croisant familles de produits et zones géographiques. Il convient ensuite de flécher massivement les dispositifs de réindustrialisation vers les secteurs offrant les meilleurs gains climatiques. Enfin, il est urgent d’adapter nos boucliers commerciaux : à ce jour, 94 % de nos émissions importées échappent totalement au champ d’application du Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (MACF) européen.

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